Circonvolutions du Temps (Partie III)

 

Cet article fait suite à : Circonvolutions du Temps (Partie II)

Un troisième domaine subsaharien dans lequel les scientifiques occidentaux reconnaissent aux subsahariens une certaine précision est l’Ethnobotanique. Une discipline peu connue du grand nombre mais qui est pourtant au cœur de la recherche pharmaceutique. l’Ethnobotanique est la contraction d’ethnologie et de botanique, elle consiste en l’étude des rapports qu’entretiennent les populations avec les plantes. Si dans la définition elle se veut noble, sur le terrain, elle s’est révélée être un système efficace de vol de savoirs des populations dites primitives. En effet, les plantes jouent un grand rôle dans la fabrication des médicaments de la médecine moderne, cependant la majorité d’entre elles se situent dans des régions où la biodiversité est suffisamment riche, c’est-à-dire en dehors de l’Europe. Le scientifique ou explorateur a donc besoin d’une assistance pour se repérer dans cette biodiversité et qui mieux que les populations locales et primitives pour jouer le rôle de boussole ? Ainsi, en observant et en consignant de quelles manières elles utilisent les plantes, le scientifique-explorateur est en mesure de procéder à une première discrimination. Il lui est ensuite facile d’effectuer une sélection de plantes à ramener dans les laboratoires d’Europe où sont extraits les agents actifs en vue de leur synthèse dans les laboratoires pour l’industrie pharmaceutique, avant d’être revendus. La description de ce processus n’est pas un fantasme ou une déformation de la réalité, c’est en substance le résumé descriptif des spécialistes du domaine :

« Plus de cinquante guérisseurs ivoiriens nous ont mentionné cette plante pour ses usages thérapeutiques. Certaines de ces informations se recoupent suffisamment pour être prises en considération par les pharmacologues, d’autres ne font qu’actualiser l’usage thérapeutique de certains alcaloïdes de cette plante et confirment le sens d’observation et la profonde connaissance de certains guérisseurs et leur art dans l’utilisation de la flore locale. »1

« Ainsi, nous nous intéressons aux espèces utilisées pour le traitement des plaies occasionnées lors de la circoncision rituelle des garçons. La plante pulvérisée, appliquée à la base du gland, provoque un arrêt très rapide de l’hémorragie, accélère la cicatrisation et évite l’infection. Nous avons eu l’occasion d’assister à l’extraction de dents par un guérisseur qui n’utilisait que ses mains et une baguette de bambou. Pour arrêter l’hémorragie abondante, le patient a reçu un extrait de racines de Sesasum angolense (Pédaliacées) afin de se rincer la bouche. Après quelques minutes, les saignements et les douleurs ont disparu. Inutile de dire que cette plante a été sélectionnée pour nos études […] Découvrir de nouvelles molécules biologiquement actives à partir de plantes utilisées dans la médecine traditionnelle africaine, telle est l’objectif de la recherche conduite à l’institut de pharmacognosie de phytochimie de l’Université de Lausanne. »2

 

Richard-Schultes-Ethno
L’Ethnobotaniste Richard Evans Schultes avec des populations d’Amazonie en 1940

En conséquence des excellents conseils et savoirs des « guérisseurs », c’est près de 484 plantes qui furent récoltées, séchées et expédiées, un poids sec de 5 172 Kg pour la seule Côte d’Ivoire et cela avant 1974. L’Ethnobotanique, c’est cette discipline scientifique qui tord le cou à ces prêts-à-penser glissés dans les psychés par le biais de l’information médiatique et scolaire qui entretiennent l’image d’une Afrique subsaharienne qui n’aurait pas développé de lieux de transmission de savoirs, de médecine et de mathématique. Une Afrique qui ne posséderait rien et à qui il a fallu tout apporter, sans que jamais on ne considère ce qui est un fait de l’histoire coloniale, les génocides et déplacements de populations ont provoqué une disparition énorme d’informations, en plus de ce que révèle l’Ethnobotanique, le vol des savoirs aujourd’hui commercialisés sous forme de médicaments sans que ne soit pas précisés leurs origines.

Revenir sur ces points de l’histoire considérés comme des acquis évidents de nos quotidiens est semble-t-il plus que nécessaire, parce que les faits nous permettent d’affirmer aujourd’hui sans risques de nous tromper qu’il y a eu de graves erreurs commises par immaturité et mensonges idéologiques par des anthropologues, sociologues et scientifiques occidentaux . Et ce constat n’est pas posé avec un esprit revanchard qui se résumerait en des comparaisons des acquis de l’Occident par rapport à ceux de l’Afrique, même s’il y aurait beaucoup à dire. Si ce constat est posé, c’est parce qu’avoir une Afrique subsaharienne, ex-capitale de la primitivité, capable d’initiatives scientifiques remet sérieusement en cause la valeur d’un des piliers de la civilisation telle que définie par l’Occident, l’écriture. En effet, dans ce que l’Occident appelle l’histoire de l’humanité, l’écriture occupe une place centrale, elle marque la séparation entre la préhistoire et l’histoire, le monde du chasseur-cueilleur et la civilisation préalable nécessaire à tout développement scientifique. Or en dehors de la Vallée du Nil, l’actuel région de l’Éthiopie, Timbouktou et très tardivement le pays Moün3, l’Afrique mélanoderme n’a pas fait un usage systématique de l’écriture dans la transmission des savoirs, au contraire, c’est l’oralité qui assure cette transmission. Pourtant elle a su déployer des sciences de gestion pertinente comme nous l’indique à juste titre Ron Eglash :

« Il nous faut réfléchir, comme ça a été dit avant, sur les méthodes traditionnelles d’auto-organisation. Ce sont des algorithmes robustes. C’est une façon d’utiliser l’auto-organisation – de faire de l’entrepreneuriat – de façon douce, de façon égalitaire. Si nous voulons trouver un meilleur moyen de faire ce genre de choses, il ne faut pas regarder plus loin que l’Afrique pour trouver des algorithmes robustes d’auto-organisation »

C’est-à-dire qu’il est possible, en remettant en cause certaines conclusions, de considérer qu’une autre Vision du Vivre Ensemble est possible, que la marche en avant d’un progrès gouverné par un capitalisme libéral toujours plus inégalitaire, violent et destructeur n’est pas une fatalité, que la posture de l’autruche qui consiste à se voiler la face derrière son confort quotidien pour ne pas constater l’effondrement animal et écologique que subit la planète, n’est pas l’unique réflexe. On peut si on dispose de suffisamment d’humilité interroger comme l’ont fait Ron Eglash et d’autres avant lui l’Afrique subsaharienne, non pas sa face visible qui peine à suivre la course de la modernité mais la face invisible, celle pratiquement incomprise et oubliée mais pourtant millénaire de l’initiation et des rites avec pour chef d’orchestre le Baka d’Afrique Centrale.

 

 

(1) Armand Bouquet et M. Debray Plantes médicinales de la Côte d’Ivoire et Féticheurs et médecines traditionnelles du Congo (Brazzaville)

(2) Etudes des Plantes utilisées dans la médecine traditionnelle du Pr. Kurt Hosttetmann, Professeur honoraire en Pharmacognosie et Phytochimie de l’Ecole de Pharmacie Genève-Lausanne dont il fut le Directeur à partir de 1981. Il reçut également la médaille d’or Egon Stahl de la Society for Medicinal Plant and Natural Product Research (GA).

(3) Pays Bamoun dans la région du Grassland à l’Ouest du Cameroun.

Circonvolutions du Temps (Partie II)

 

Cet article fait suite à : Circonvolutions du Temps (Partie I)

Ce questionnement peut paraître osé et inattendu tellement l’éducation scolaire et le vécu quotidien ont imprimé dans nos schèmes de pensée une frontière entre monde civilisé et monde primitif, il a pourtant toute sa place et suit un effort de cohérence historique. Lorsque nous lisons cet extrait parmi tant d’autres, témoin du regard de l’élite occidentale sur le subsaharien : « Lorsque les Nègres sont échauffés, il se dégage de leur peau une exsudation huileuse et noirâtre qui tâche le linge et répand une odeur désagréable »(1). Sauf à nous présenter ce type de Nègre qui tâcherait le linge et répandrait une odeur plus désagréable que celle de la ville de Paris du XIXe Siècle(2), il est difficile de ne pas y reconnaître son caractère raciste mais surtout mensonger et donc une incapacité à évaluer objectivement l’altérité. On donnerait peu de crédit à l’avis d’une tiers personne profondément misogyne sur la condition de la femme, alors pourquoi les conclusions d’une intelligentsia qui n’a pas marqué son racisme sont-elles encore acceptées ? La question se pose d’autant plus que ces conclusions amènent le subsaharien à tourner le dos à 300 000 ans d’aventures du vivant. Ses parents étaient-ils réellement hors de l’histoire comme l’affirmait l’ancien président français Nicolas Sarkozy ou l’écrivain Victor Hugo(3) ? Ces questions se doivent de résonner à l’esprit de tous, aussi bien du descendant de colonisé que de celui du colonisateur, parce qu’entre les lignes historiques de ce dont nous héritons se terrent parfois les solutions à nos problèmes présents puisqu’il est tout à fait possible que d’autres sociétés avant l’ère de la dite modernité furent déjà confrontés à ces problèmes. C’est l’exemple des fils des Lakota d’Amérique qui n’ont cessé de mettre en garde celui qu’ils nommaient le « visage pâle » contre les conséquences d’une destruction systématique de la nature et le déséquilibre engendré en l’humain(4). Ce que l’élite du « visage pâle » ne comprit qu’il y a à peine un quart de siècle, sans toutefois avoir l’humilité de reconnaître qu’il fut pourtant averti par un peuple dont il a détruit le système et la vie.

Roi Lakota Takanta Yokanta (Sitting Bull)

Ce questionnement a doublement sa place puisque lorsqu’on s’éloigne des à priori et cadres scolaires qui structurent la psyché collective, un autre son de cloche se fait entendre. Tandis que certains continuent de véhiculer l’idée que l’Afrique serait une terre sans expériences humaines, des personnalités scientifiques de cette même Occident décrivent parfois sur le bout des lèvres une toute autre Afrique. Le premier cité est le technocrate français Jacques Attali qui affirma à la suite des travaux du mathématicien Benoît Mandelbrot que certains « villages » d’Afrique subsaharienne disposent depuis des centaines d’années de techniques basés sur le code binaire et les fractales leur permettant de prédire l’avenir. Il est rejoint dans son propos par l’ ethnomathématicien Ron Eglash qui détaille avec soin dans son ouvrage African Fractals : Modern Computing and Indigenous Design, comment est intégré dans l’organisation quotidienne des populations du continent ce savoir mathématique qui semble pourtant n’en avoir pas l’air et qui échappe à l’œil de beaucoup. Or la réalité mathématique des fractales ne fut découverte pour la modernité qu’en 1974 par Mandelbrot, avant cela il était impossible pour l’Occident de saisir la pertinence de certains structurent géométriques à première vue simplistes. Concernant le code binaire précurseur de l’informatique d’après Jacques Attali, il se nomme le code bamana et son algorithme de fonctionnement est décrit ainsi par Ron Eglash :

« La divination bamana par le sable…Il s’avère que c’est un générateur de nombres pseudo-aléatoires utilisant le chaos déterministe. Quand on a un symbole à quatre bits, on l’associe à un autre côté : donc pair + impair donne impair, impair + pair donne impair, pair + pair donne pair et impair + impair donne pair. C’est l’addition modulo 2, comme le contrôle de bit de parité dans votre ordinateur. Ensuite on prend ce symbole et on le remet en jeu, c’est donc une diversité autogénératrice de symboles… » (5)

Dans le domaine de l’Astronomie, le responsable de communication pour l’Astrophysique du CEA et administrateur de l’Association française d’astronomie, Jean­-Marc Bonnet­-Bidaud a en particulier travaillé avec Germaine Dieterlen en pays Dogon au Mali en Afrique. Il mène des recherches sur les origines de l’astronomie ancienne en Afrique et en Chine. De ses travaux, il confirme l’existence d’observatoire astronomique en pays Dogon. Pour rappel, les Dogon sont célèbres pour leurs connaissances « surprenantes » de certains corps célestes de l’espace non visibles à l’œil nu tels que Sirius B ou Po Tolo dans leur langue, une naine blanche en orbite autour de l’étoile Sirius. Si elle ne fut découverte par la modernité qu’en 1862, elle occupe une place centrale dans l’organisation de la société Dogon.

photographie aérienne du village Ba-Ila
Modélisation numérique du village Ba-Ila de Sud Zambie avant 1944. Sur la gauche, les trois itérations mettant en évidence le schéma d’organisation en fractale.

 

Lire la suite : Circonvolutions du Temps (Partie III)

(1) Extrait du Grand Dictionnaire Universel du XIXe Siècle 

(2) C’est du propre ! La salubrité publique à Paris au XIXe siècle

Mais quelle odeur avait Paris au XVIIIe siècle ?

(3) « La Méditerranée est un lac de civilisation; ce n’est certes pas pour rien que la Méditerranée a sur l’un de ses bords le vieil univers et sur l’autre l’univers ignoré, c’est-à-dire d’un côté toute la civilisation et de l’autre toute la barbarie.

Le moment est venu de dire à ce groupe illustre de nations: Unissez-vous! allez au sud.

Est-ce que vous ne voyez pas le barrage? Il est là, devant vous, ce bloc de sable et de cendre, ce monceau inerte et passif qui, depuis six mille ans, fait obstacle à la marche universelle, ce monstrueux Cham qui arrête Sem par son énormité,-l’Afrique.

Quelle terre que cette Afrique! L’Asie a son histoire, l’Amérique a son histoire, l’Australie elle-même a son histoire; l’Afrique n’a pas d’histoire. Une sorte de légende vaste et obscure l’enveloppe. Rome l’a touchée, pour la supprimer; et, quand elle s’est crue délivrée de l’Afrique, Rome a jeté sur cette morte immense une de ces épithètes qui ne se traduisent pas: Africa portentosa! (Applaudissements.) »

extrait du Discours sur l’Afrique de Victor Hugo tiré de l’ouvrage Actes et Paroles aux éditions Robert Laffont.
Lire  le discours en entier…

 (4) « Le vieux Lakota était un sage. Il savait que le cœur de l’homme éloigné de la nature devient dur. Il savait que l’oubli du respect dû à tout ce qui pousse et à ce qui vit amène également à ne plus respecter l’homme. Aussi maintenait-il les jeunes sous la douce influence de la nature. » Mantcunanjin (Standing Bear), Roi Lakota

(5) Conférence Ted de présentation des travaux de Ron Eglash

Circonvolutions du Temps (Partie I)

« Taddeï : Vous parlez de colonisation, est-ce que c’est une frontière qu’il ne faudrait pas oublier elle aussi ? Parce qu’après tous les peuples ont colonisé leurs voisins. L’empereur du Mali, s’il est devenu l’empereur du Mali, c’est parce qu’il avait colonisé tous ses voisins. (…) Et pour finir avec les Sérères, puisque vous êtes une Sérère au Sénégal, n’avez-vous pas colonisé les Wolofs et les Mandingues ?
Fatou Diome : Si, exactement !
Taddeï : Donc arrêtons de faire la différence entre colonisateurs et colonisés, on a tous été l’un et l’autre.
Fatou Diome : (…) Et c’est pour ça que je me dis à un moment donné, il faut pacifier les mémoires, il faut arrêter de se référer tout le temps à l’esclavage et à la colonisation. Oui nous avons besoin d’apprendre l’histoire pour savoir d’où nous venons pour ancrer notre identité. Mais ensuite il faut s’élancer, il faut prendre un élan vers l’avenir, se libérer du passé et arrêter d’être des otages, des victimes consentantes de l’esclavage et de la colonisation. Moi je ne suis pas une victime de l’histoire de la colonisation parce que je n’étais pas colonisée. C’est Senghor qui a été colonisé, ça n’a jamais été mon cas. »

— Extrait de l’émission « Hier, aujourd’hui et demain » du Jeudi 06 Avril 2017

Cet extrait de dialogue entre le journaliste Frédéric Taddeï et la romancière Fatou Diome, sans être un archétype des schémas de pensée, est un reflet de la façon dont les populations abordent les questions relatives aux différentes formes de colonisation, aussi bien en pensées qu’en actes. Il s’agit pour la grande majorité de tourner la page sur un passé délicat à exprimer, lorsqu’il n’est pas renié et de saisir les opportunités du présent en faisant preuve d’une certaine amnésie quitte à se complaire dans les prêts-à-penser.
Malheureusement, l’étude des sociétés et des interactions de personnes en leur sein ne s’effectue que très rarement sur la base de nos émotions et ne saurait être résumé par une démonstration comparative aussi simpliste que celle réalisée par le journaliste Taddeï. S’il est en effet juste de rappeler que la colonisation est un mécanisme qui se retrouve dans la plupart des expansions de Royaume, Principauté ou Empire, il est par contre plus malhabile de ne pas nuancer le rappel en distinguant les différentes formes de colonisation dont nous avons connaissance. Dans son ouvrage Le Prince, le théoricien politique italien, Niccolo di Bernado dei Machiavelli fournit un échantillon des différentes techniques de colonisation qu’il a pu observer de par l’étude historique des sociétés du bassin méditerranéen, il y décrit des colonisations menées avec une extrême cruauté et d’autres, avec une certaine bonté ingénieuse. Description que les faits historiques corroborent, il ne viendrait pas à l’esprit de comparer les colonisations des Amériques menées par les Royaumes du Portugal, d’Espagne, de France et d’Angleterre qui ont abouti au génocide des amérindiens, à la colonisation de l’Alsace-Lorraine par l’Empire allemand en 1871. Tout comme, on ne trouve pour l’instant dans les récits des colonisations des Wolofs du Sénégal, de témoignages de génocides similaires à ceux subis par les aborigènes d’Australie et les natifs du Kongo. Ce n’est donc que par l’intermédiaire d’un certain à priori pour les évidences que l’on pourrait comparer uniformément toutes les colonisations, puisque l’étude historique montre qu’en réalité, elles ne se valent pas dans leurs visées ou procédés, de ce fait on ne saurait à l’identique mêler colonisateurs et colonisés.
Or en concluant ainsi, le journaliste amène consciemment ou inconsciemment à ignorer ce que fut la colonisation occidentale pour l’Afrique dont il est question dans leur échange. On demeure dans un flou historique de comparaison qui permet d’occulter le véritable nœud du problème dans le rapport du colonisateur au colonisé, le mépris meurtrier institué pour l’un par l’autre.

conférence de Berlin, début colonisation européenne
llustration de la conférence de Berlin, elle commença le 15 Novembre 1884 et finit le 28 Février
1885. Y étaient présents, l’Empire allemand, austro-hongrois, russe et ottoman, le Royaume de
Belgique, du Danemark, d’Espagne, d’Italie, des Pays-Bas, du Portugal, le Royaume-Uni, les
Royaumes unis de Suède et de Norvège et la République française

En effet, s’il n’était question que de frontières de territoire et d’identité, nous pourrions effectivement considérer qu’il est préférable de pacifier les consciences et « s’élancer vers l’avenir » plutôt que d’entretenir des incohérences similaires à celles que nous observons dans une certaine aristocratie française qui a fait du catholicisme son socle identitaire et civilisationnel exclusif. Mais rejette une partie du Moyen-Orient oubliant pourtant que les Conciles fondateurs du catholicisme romain se déroulèrent respectivement en l’an 321 et 381 dans l’actuel Turquie à Iznik, ancienne Nicée de la Bithynie, puis à Constantinople, nommé d’après l’Empereur Romain Constantin Ier. Et que jusqu’à sa conquête par l’Empire Ottoman au XVe siècle, l’Empire Romain d’Orient ou Empire Byzantin fut une terre chrétienne plus influente que Rome.
Les rencontres des peuples impliquent des déplacements de frontières et des échanges culturels allant jusqu’à la modification du socle identitaire, difficile de nier cela. Par contre, lorsqu’un certain mépris meurtrier motive cette rencontre, comme ce fut le cas entre l’Empire Romain et certains peuples d’Europe ou encore entre l’Europe Occidentale et l’Afrique, il peut être salutaire de ne pas « s’élancer vers l’avenir » trop vite.

Pourquoi cela ? Parce que le mépris s’accompagne rarement de la sincérité, mais plutôt de la manipulation et du mensonge. Le colonisateur pour justifier et légitimer ses actes a besoin de créer un mobile taillé sur mesure en travestissant sa victime en barbare aux frontières de la sauvagerie la plus extrême qu’il faut civiliser. On retrouve cette rhétorique dans les conquêtes de l’Empire Romain mais également dans les archives lumineuses du « Siècle des Lumières » de l’Europe Occidentale, c’est une nécessité puisqu’il faut convaincre sa population de ses bonnes vertus. Conséquence, la population de l’état colonisateur nourrit le fantasme d’appartenir à une nation soucieuse du devenir de l’humain et ne peut comprendre la fracture existante dans l’état colonisé souvent source de frustrations et de conflits. La population de l’état colonisé quant à elle, lorsqu’elle est vaincue, finit par adopter la culture et même parfois l’identité du colonisateur, c’est ce que l’historien Cheikh Anta Diop appelle l’aliénation. Si l’on transpose cela au sanguinaire rapport liant l’Occident, le colonisateur, à l’Afrique subsaharienne, la colonisée, on constate que l’horizon historique d’une partie de sa population tend vers celui de l’Occident. Le Moyen-Âge, la Renaissance, Napoléon, la première et seconde guerre mondiale, le communisme, le capitalisme et les révolutions sociales lui sont plus ou moins connus, ces périodes historiques et concepts structurent son imaginaire. Il saura parler avec plus d’aisance des pensées du sociologue du XIXe siècle Karl Marx que du modèle social qui régissait la vie de ses arrières grands-parents, et cela peut se vérifier dans quasiment toutes les disciplines de l’école dite « civilisée ». En dehors d ‘un attachement souvent creux pour un pays dont les frontières et les structures étatiques furent décidées par l’Occident, sa conscience historique en tant que fils de cette Afrique frise bien souvent le trou noir. D’ailleurs, cela lui est sans importance puisque l’éducation scolaire et religieuse le poussent vers dit-on la modernité, ainsi il n’est plus celui à coloniser, cela est inutile de fournir cet effort, puisqu’il n’a plus d’autres horizons de projection que celui hérité par l’Occident. Main dans la main, Occident et Afrique marchent à grand pas vers la modernité et les fruits du progrès, le premier se pensant inspirateur de la civilisation et le second, le suiveur par dépit. La démocratie devient la panacée des systèmes de gestion, le nec plus ultra de l’expression de la liberté, la capacité à produire de la richesse, l’indice de développement par excellence.
C’est à ce moment que la plus grande tragédie de la colonisation se révèle, emporté par la succession frénétique des lendemains d’un monde de l’instantanée, le colonisé subsaharien, bien que très largement au fait du racisme structurel de l’Occident qui a caractérisé l’esclavage, la colonisation et les récents rapports, a fait sien les conclusions de cet Occident. C’est-à-dire qu’il regarde l’expérience de ses arrières grands-parents comme une simple tradition, un folklore primitif, un chaos de sauvagerie religieuse et quand s’y mêle la croyance religieuse, des restes de rites sataniques à combattre. Ce faisant, il se refuse un questionnement décisif pourtant à la base des théories de communication sociale dès qu’il est question d’une rencontre de personnes. L’occident disposait-elle des outils nécessaires pour aborder et interpréter les réalités subsahariennes ? Dis autrement, l’élite occidentale que ses ancêtres rencontrèrent était-elle suffisamment mature pour comprendre les univers des subsahariens ?

 

survivant de la colonisation
Un initié de la région des Hauts-Plateaux au Cameroun

 

Lire la suite : Circonvolutions du Temps (Partie II)

Apocalypse Du Livre Saint (Partie II)


Cet article fait suite à : Apocalypse du Livre Saint (Partie I)

Pourquoi bon nombre de personnes n’ont jamais entendu parler de tout ceci alors que le contenu de certaines tablettes de la Mésopotamie est connu depuis le milieu du XXe siècle ?

Parce que dans un premier temps, très peu de chrétiens se sont donnés la peine de jeter un œil aux documents sources de leur Bible. La croyance reposant sur un acte de foi qui s’oppose d’une certaine manière à l’esprit critique et au questionnement, cela n’a en soi rien d’étonnant, il est très mal venu de remettre en cause une partie de la Bible et d’en accepter le reste puisque toute la bible est présentée comme un bloc cohérent véhiculant la supposée parole divine. Si on admet qu’une seule ligne est fausse, on remet en cause la totalité de l’ouvrage. C’est d’ailleurs sur ce point que se fondent les nouvelles branches chrétiennes apparues au XIXe siècle (Mormon, Témoin de Jéhovah, etc…), elles se déclarent chacune comme véhiculant le véritable message biblique introduisant ainsi leur traduction personnalisée de la Bible et un enseignement basé sur cette nouvelle version de la Bible. Inévitablement, les membres doivent y trouver une cohérence puisque la Bible étant personnalisée, il est facile de prétendre devant les membres d’avoir raison et les autres tort…

Aussi faut-il savoir que les grands centres de recherche archéologiques sont en général financés par des grands investisseurs chrétiens qui n’entendent pas que l’on remette en cause l’authenticité de leur ouvrage exerçant ainsi une pression sur les chercheurs qui ayant besoin de subvention se doivent de marcher dans la direction qui leur est imposée. C’est très « chrétien », ce besoin du contrôle de l’information et du savoir, et au vu des contradictions et autres sources mises en évidence, on comprend pourquoi. En fait, c’est ainsi que la recherche a globalement toujours fonctionné, les investisseurs font taire ceux qui contredisent leur vision et donnent de la résonance à ceux qui la confortent, en terme d’histoire le dernier cas en date est celui de l’Egypte Pharaonique.

En effet, depuis les premières expéditions napoléoniennes (1798) et de l’étude des témoignages des contemporains grecs, il est su d’une élite que l’Egypte pharaonique jusqu’à la dynastie des Ptolémée était d’origine négro-africaine. Pourtant à l’heure d’aujourd’hui on continue à voir des représentations de Pharaons ou autres personnages pré-ptolémiques représentés avec des traits sémitiques ou leucodermes. Il est aisé lorsqu’on se replace dans le contexte de l’époque de comprendre les conséquences de telles vérités. Imaginer Napoléon et ses pairs esclavagistes découvrant que la race indexée est fondatrice de la civilisation chez qui les premiers savants grecs tels que Pythagore et d’autres reconnaissent avoir fait leur classe ? Une vérité en totale contradiction avec les acquis idéologiques de l’horizon occidental de l’époque. Mais l’enjeu de l’Egypte va plus loin que cette simple conjecture historique.

L’Egypte Pharaonique symbolise la cristallisation du peuple hébreu dans la Bible, qui subissant un esclavage terrible a été sauvé et guidé vers une terre promise à travers les prophètes de Dieu, malheureusement là encore la Bible se voit remise en question. Avant encore récemment les égyptologues avaient le monopôle de l’étude des sites égyptiens, s’en donnant à cœur joie ils ont pu conjecturer toute sorte de théories s’appuyant en partie sur la Bible, de ces conjectures ils conclurent que c’était le peuple hébreu, esclave des Pharaons, qui avait bâti les Grandes Pyramides. Pour appuyer leurs théories, ils leur manquaient un mot, le terme désignant la caste des esclaves, mot que jusqu’à aujourd’hui ils n’ont pas pu trouver. En fait, la réalité est tout autre, depuis que les scientifiques de divers domaines ont accès aux différents sites, ils sont unanimes sur un point, les Grandes Pyramides et certains grands monuments relèvent d’une telle prouesse technique que si l’on souhaitait les refaire avec la même précision, ils nous faudrait les derniers outils de pointe dans chaque domaine et cela sans garantie de résultats. En clair, il devient très difficile de voir dans ces monuments le travail d’hommes et de femmes esclaves, cela reviendrait à dire pour comparer que les fusées de la NASA sont construites par des esclaves. Ce qui serait aberrant pourtant encore aujourd’hui, c’est la voix des égyptologues qui continuent d’être entendus.

Pyramide de Gizeh construite par les hébreux d'après la Bible
Pyramides de Gizeh

 

Tout ceci pourquoi ?

À travers un certain nombre d’éléments, il apparaît clair qu’il existe une information à deux vitesses pour ne pas dire trois. À une époque où la finance libérale a rendu à l’argent sa forme primaire, c’est à dire celle d’une information, cette dernière qui a toujours été vitale pour toute société souhaitant perdurer comme le montre l’étude des systèmes cryptographiques mis au point par les différentes civilisations afin de sauvegarder et de protéger leur information, n’a jamais été aussi accessible.

Internet a fait exploser les frontières de l’information que longtemps les sociétés dites modernes ont cherché à maintenir hermétiques. Il est possible de connaître des lieux, des endroits, des personnes sans jamais se déplacer, si on sait manier cet instrument qu’est internet on est en mesure de drainer la bonne information vers soi. Ainsi l’ignorance n’est plus le choix par défaut d’une personne, mais un choix volontaire. Autrefois on se battait pour sa dignité, sa terre, maintenant c’est avant tout une guerre de l’information qui tend à plonger ceux qui ne sauront pas la posséder vers les abîmes de notre existence terrestre. Le système de prédation dans lequel le monde est plongé depuis 2 millénaires a causé la disparition de bien trop de peuples, bien trop de souffrances pour aboutir aujourd’hui à un monde ultra inégalitaire, il doit cesser et cela appartient à chacun de nous de s’y atteler à notre manière. La Bible et les religions qui lui sont liées sont des points de départ cruciaux, le seul exemple de l’histoire du christianisme témoigne que depuis l’édit de Milan en 313 qui a proclamé cette religion grande religion de l’Empire Romain. L’Eglise a propulsé l’Europe dans une période d’ignorance et de conflits sans nom, détruisant au passage tout le socle des anciennes sociétés. Des royaumes, rois, reines, princes et princesses se sont entredéchirés afin d’attirer les hypothétiques faveurs d’un Dieu dont les pensées ne sont qu’un package remodelé par des hommes selon les circonstances. Comme le montrent l’histiore du Moyen-Âge, le sort des amérindiens et la Bulle Papele de 1454, qui donnait l’autorisation au roi du Portugal Alphonse V la permission de réduire en esclavage des populations mélanodermes. L’Église a toujours su prospérer avec les formes d’esclavages à défaut de les administrer, il n’est pas nécessaire d’évoquer celui de l’Islam. Bien sûr, lorsqu’est engagé notre intime ou ce qui est considéré comme tel, c’est souvent l’émotion et ses contradictions qui prennent le relais au détriment de la rationnalité. Malheureusement, la conviction personnelle ne peut se suffire lorsqu’il est question du Vivre Ensemble et de nos interactions avec l’Altérité, les faits historiques nous engagent à un recul permanent, à une humilité, pour deux raisons essentielles, ce qui est considéré comme vrai aujourd’hui peut ne plus l’être demain et puisque l’histoire s’écrit, elle est donc soumise aux lunettes de son rédacteur. Quant à la tolérance qu’il faudrait exprimer envers une religion sous peine de choquer les croyants, elle est une invitation à l’immaturité des croyants. Ces derniers devraient pouvoir entendre, alors qu’ils expriment pleins de dégoût pour le parti Nazi, que l’inquisition, la chasse aux sorcières, les conquêtes de Mahomet et le sort des femmes furent pire aussi bien dans le procédé qu’en termes de disparitions humaines. Et donc ces systèmes ne sauraient être pris en référence ou défendus simplement parce qu’il exista quelques singularités membres et attentionnées dans le quotidien. Ce recul est d’autant plus nécessaire que son absence nous fait rater quelques paradoxes de l’histoire comme le suivant. Alors qu’à la veille de la colonisation, les sociétés européennes décidaient de prendre de la distance avec l’Église à travers plusieurs lois promulguées. Elles ont dans le même temps décidé lors de la conférence de Berlin qui débuta en 1884, qu’il était bon de christianiser toute l’Afrique subsaharienne détruisant ainsi tout le socle des sociétés africaines, déjà bien affaiblis par XIII siècles d’esclavage et de castration arabo-musulman et V siècles d’esclavage occidental sous couvert chrétien. Il est également paradoxal de constater que l’Afrique noire n’a jamais été aussi mal en point que lorsque le nombre de chrétien sur son sol a atteint un maximum historique, tout comme l’expression d’une science occidentale est liée au recul de l’Église en Europe. Il est d’ailleurs temps pour le continent africain d’accepter de regarder la réalité, si l’Europe capitaliste et prédatrice a fait « cadeau » de la Bible à l’Afrique noire ce n’est certainement pas pour lui rendre service ou parce qu’elle était convaincue de l’utilité de ce livre, pour s’en convaincre, on peut se référer aux propos de Jules Ferry. Et il serait prétentieux de la part de l’Afrique noire, de prétendre mieux comprendre que l’Europe les fondements d’un livre finalisé en Europe et qui lui a été imposé par le meurtre, le viol et la soumission de leurs grands-parents.

Plus le temps passe et plus les contre-vérités sur ce continent sont exprimés et démontrés, il appartient maintenant à cet africain de choisir soit de rester dans l’attente d’un salut biblique et donc d’embrasser les règles du jeu de ce système de prédation, soit alors de prendre à bras le corps tout son courage et de regarder avec un œil critique son histoire, de la dépoussiérer afin de se débarrasser des chaînes conceptuelles avec lesquelles on l’a mis hors de la course du temps lui donnant en permanence l’illusion d’avoir toujours été à la traîne dans la course aux civilisations. Il ne s’agit pas simplement de se défaire d’un héritage colonial pesant pour s’enfermer dans un traditionalisme aveugle mais de reconsidérer également son socle social historique, de lui redonner sa pertinence perdue, de le sortir du mysticisme pour retrouver cette Science que certains ancêtres ont su exprimer avec la volonté constante d’y imprimer la combinaison Vérité-Justice-Ordre-Harmonie cristallisé dans la Mâat.

À l’instar des indiens d’Amérique, durant leur génocide provoqué successivement par la couronne espagnole, anglaise française puis l’état américain, qui n’ont eu de cesse de mettre en garde celui qu’ils nommaient « l’homme blanc » sur son attitude envers l’environnement, ce que ce dernier semble à peine comprendre aujourd’hui, l’Afrique a bien des choses à rappeler au monde.

Initiés Bamiléké du Kouo'Si aliéné par la Bible
Initiés du Kouo’si dans la région des Hauts Plateaux au Kameroun

Sources :

Anton Parks, Eden, 2011, Éditions Nouvelle Terre
Samuel Noah Kramer, L’histoire commence à Sumer, 1993, Flammarion
Cheikh Anta Diop, Nations, Nègres et Culture, 1954, Présence Africaine
Cheikh Anta Diop, Civilisation ou Barbarie, 2001, Présence Africaine
Assani Fassassi, Le péché du Pâpe contre l’Afrique , 2004, Al Qalam
Roger Vigneron, Elohim
Jacques Grimault, La révélation des Pyramides
Nouveau Monde, Les Saintes Écritures, Édition révisée de 1995, Watchtower Bible and tract Society of New York, Inc.

Apocalypse du Livre Saint (Partie I)

Étymologie du mot Apocalypse :

Du latin apocalypsis, « révélation », lui-même emprunté au grec ancien apokalupsis, « découvert », provenant du verbe grec kalupto, « cacher », précédé du préfixe de privation apo. Littéralement « dé-caché », et donc par extrapolation, « dévoilé au yeux », « retrait du voile », « le voile est levé ».

Depuis la traduction des tablettes d’argile de Mésopotamie et l’étude des écrits du Livre Saint, il est démontré que plusieurs épisodes de l’Ancien Testament trouvent écho dans les tablettes rédigées en caractères cunéiformes. On y retrouve un déluge biblique calqué sur la version babylonienne du déluge trouvée dans la bibliothèque du roi assyrien Assurbanipal à Ninive traduite et publiée par l’assyriologue anglais du XIXe siècle Goerges Smith dans L’Épopée de Gilgameš (version babylonienne datée du XVIIIe ou XVIIe siècle av. J.-C.). On y retrouve également le récit de la création du monde décrit dans L’épopée de l’Enuma Elish, la création de l’humanité avec de la glaise, le secret de l’immortalité…
C’est dans cette continuité que vont s’inscrire les tablettes de Sumer en offrant un regard neuf des premiers chapitres de la Genèse. Il y a eu de nombreuses tentatives de traductions, mais la plus pertinente de toute a été celle de l’assyriologue, Anton Parks. Dans son ouvrage intitulé EDEN (2011, éditions Nouvelle Terre), tout en s’appuyant sur les travaux de ses prédécesseurs (Samuel Noah Kramer, Jean Bottéro, Georges Contenau,…), il nous offre une traduction et dresse un tableau de comparaison avec ce que l’on retrouve dans la Bible de Jérusalem.

tablette sumérienne inspiratrice de la Bible
Copie d’une tablette sumérienne, datée à environ 2500 av. J.-C.

Les tablettes annotées CBS 14005, CBS 8383 sont datées aux premiers rois de Sumer, soit au plus tôt vers 2800 ans av J.-C. et BM 74329, au plus tôt vers 597 av J.-C. puisqu’il existait une reproduction de ce texte à Babylone pendant la captivité des hébreux. Ces tablettes sont aujourd’hui la propriété du British Museum.

CBS 14005, face a, ligne 21 : « Enlil et les dieux ont produit l’espèce humaineils étaient nus : aucun vêtement n’avait été prévu pour eux »

Gn 2:25 : « l’homme et la femme sont crées par Dieu sont nus »

CBS 14005, face b, ligne 24 : « Nous, les dieux, nous l’avons changé, nous l’avons façonné…et lui avons dit de se tenir debout dans la glaise »

Gn 2:7 : « Dieu modela l’homme avec la glaise du sol et l’homme devint un être vivant »

CBS 14005, face b, ligne 21 : « Les troupeaux de l’enclos…l’homme étranger les nommait et les dénombrait beaucoup »

Gn 2:20 : « L’homme donne des noms à tous les bestiaux, aux oiseaux du ciel et à toutes les bêtes sauvages »

CBS 14005, face b, ligne 29 : « Ils étaient deux. En tout lieu, l’homme faisait du bruit. Son épouse accomplissait son service élevé en effectuant la cueillette des rations. Hélas, elle l’accompagnait »

Gn 2:25 et 3:6 : « L’homme et la femme sont deux. La femme accompagne l’homme dans le jardin. La femme va cueillir le fruit défendu »… (EDEN, p.143)

CBS 8383-a, colonne 2 :  « À cette époque, l’homme ne produisait rien ».

Gn 2:5 : « … Il n’y avait pas d’homme pour cultiver le sol » (EDEN, p.110)

BM 74329 : « 7 générations de divinités, 7 cycles de création avant la venue du dieu An(u) et de ses Anunna »

Gn 1:1 à 2:3 : « les 7 jours de création des Elohim avant la venue de YHW et ses anges » (EDEN, p. 65)

 

Le but ici n’étant pas de présenter toutes les similitudes mais simplement de mettre en évidence le fait que plusieurs millénaires avant que ne débute la rédaction de l’Ancien Testament et du Nouveau Testament, une histoire assez similaire à celle contée dans la Genèse existait déjà et était même retranscrite sur des tablettes d’argile. Certains pourraient rétorquer que cela n’a rien d’étonnant puisque la parole divine est multiple dans sa manifestation et donc qu’on aurait là, les premiers balbutiements de ce que deviendra la Bible plus tard. Donc dit grossièrement que « Dieu » voulant centraliser le savoir biblique pour le propager plus facilement aurait décidé à travers des hommes « inspirés » de transmettre à nouveau sa parole sous forme condensée. À ceux là, on pourrait répondre, oui pourquoi pas.

Malheureusement, l’équation n’est pas aussi simple, en effet, ceux qui auront été attentifs ont constaté que lorsque la Bible parle de « Dieu », les sumériens font référence à des dieux. Comme il est coutume de présenter ce qui vient du passé comme étant marqué du sceau de l’ignorance, on pourrait conclure que les sumériens ont manqué de vigilance dans la description du divin. Pourtant ce pluriel existe là où bon nombres ne le soupçonnent absolument pas, dans la version hébraïque de l’Ancien Testament, la Torah.

Il existe 14 principales lectures françaises de la Bible, 12 s’accordent pour l’utilisation du terme « Dieu » tandis que 2 autres, traduction par Dhorme et par Chouraqui, rendent le nom utilisé dans les textes hébraïques « Elohim ». Or Elohim n’est pas Dieu pour 3 raisons.

1 – Le mot « Dieu » vient du latin Deus, lui-même issu de la racine indo-européenne dei « briller » servant à désigner le ciel lumineux, la lumière du Soleil. Son sens sacré n’apparaît que lorsqu’on l’associera à la divinité grecque Zeus se prononçant Ze-Ous et dont le génitif est Dios. Il apparait dans la langue française au IXe siècle.

2 – Elohim est un pluriel, en effet en hébreu la particule « im » est la marque du pluriel. Elohim est le pluriel de Eloha qui se simplifie par El.

Que nous dit le Dictionnaire Larousse (édition 1965) : « Elohim, mot hébreu (..) pluriel de El ou Eloha… »
Et le Dictionnaire Larousse en ligne 2012 : « Elohim : Pluriel de Eloha, qui signifie ‘Dieu’ ».

On remarque la mise entre guillemets du mot Dieu dans la deuxième définition. Une manière de nous dire de prendre cette traduction avec des pincettes.

3 – Puisqu’il est admis que c’est à partir de la Torah que fut rédigée la partie correspondante à l’Ancien Testament de la Bible. Il est important de prendre en compte certaines règles inhérentes à l’hébreu, en effet traduire de l’hébreu, ce n’est pas traduire de l’anglais, encore moins lorsqu’il s’agit de textes sacrés dictés par Dieu lui-même. Le Tanakh qui désigne la Bible Hébraïque est un ensemble consistant, qui suivant la règle de la gématrie attribue à chaque mot le rôle d’une clef permettant de résoudre une équation arithmétique.

Qu’est-ce que la gématrie ? C’est une règle qui associe une valeur numérique à une lettre, de sorte qu’en hébreu la valeur gématrique du mot père est 3 et celle du mot mère 41, la somme 44 correspondant à la valeur du mot fils.

Donc remplacer le mot Elohim qui est un pluriel par un mot singulier qui plus n’a aucun rapport étymologique avec ce dernier lorsqu’on connaît la gématrie, c’est apporter un contre sens à un récit qui se veut pourtant sacré.

Il faut savoir qu’en sumérien, Àdam signifie « Les animaux, les bêtes », l’Eden, « Dos de la montagne », fait référence à une plaine dans laquelle les Àdam devaient travailler pour les dieux sumériens.

Gn 2:15 « Et Jéhovah Dieu prit alors l’homme et l’installa dans le jardin d’Eden pour le cultiver et pour s’en occuper » (Nouveau Monde)

Dans la Bible l’homme est également pris pour travailler dans le jardin d’Eden, en fait il n’existe que parce qu’il n’y avait personne pour cultiver la terre comme le dit ce passage :

Gn 2:5 « … Jéhovah Dieu n’avait pas fait pleuvoir sur la terre et il n’y avait pas d’hommes pour cultiver le sol » (Nouveau Monde)

Notons qu’en hébreu Eden signifie Jardin, il est très particulier de traduire donc le terme hébreu Eden par Jardin d’Eden.

Si on s’attarde sur l’étymologie du mot paradis, qui vient du latin paradisus, issu du grec paradeisos qui signifiait lors de son emprunt du persan pardez « un parc clos où se trouvent des animaux sauvages » et qu’on y ajoute à cela les traductions de certains mots bibliques trouvant écho dans le sumérien, on retrouve la conception de l’Eden sumérien.

Gàn Eden « Le champ du dos de la montagne », il est intéressant de constater qu’en hébreu Gan Eden signifie « jardin des délices ».

Autre fait troublant et pas des moindres la Bible nous dit, à travers Gn 1:27 « Et Dieu se mit à créer l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa : mâle et femelle il les créa » (Nouveau Monde), que l’homme et la femme existaient déjà avant Gn 2:7. Alors qu’on nous présente du point de vue biblique Adam comme le premier homme, Sumer vient à nouveau lever un voile, en effet :

BM 74329 : « 7 générations de divinités, 7 cycles de création avant la venue du dieu An(u) et de ses Anunna »

Comme la traduction de la tablette le montre, les 7 jours bibliques chez les sumériens correspondent à une succession de générations, et à chaque cycle, quelque chose de plus était apporté à la création. Pour les sumériens, c’est An à travers son fils Enlil qui a créé l’Eden, mais pas les premiers hommes qui peuplaient déjà la terre à son arrivée. Il est intéressant d’observer que dans la traduction du Nouveau Monde, le nom de Jéhovah apparaît pour la première fois après le 7e jour. Coïncidence des traducteurs ?

Quoi qu’il en soit, au vu des éléments présentés, la Genèse Biblique porte l’odeur du plagiat (encore), et aussi de la plus belle désinformation que puisse nous offrir la Bible avec la substitution du terme Elohim, un pluriel, par un nom singulier dont la représentation Dieu ne renvoie pas à la même dimension.

Lire la suite : Apocalypse du Livre Saint (Partie II)

image d'une Bible

L’Alibi du Conspirationnisme

Deux esclaves mélanodermes, Malcom X et Senghor, discutant dans une plantation d’Ayiti au XIXe siècle. Toute ressemblance avec à des personnes réelles est une simple coïncidence.

Senghor : Sais-tu que c’est notre cannibale de Roi qui nous a vendu ?

Malcom X : Ah bon ?

Senghor : Bien sûr, tu n’es pas au courant ? Tout le monde en parle.

Malcom X : Mais qui est-ce qui t’a dit cela ?

Senghor : Le bon maître bien évidemment ! Qui d’autre a la possibilité de nous fournir des informations ?

Malcom X : Mais es-tu sûr qu’il ne manipule pas cette information à son avantage afin que nous lui soyons toujours reconnaissant ?

Senghor : Comment cela ??!! Ce n’est pas seulement notre maître qui le dit, tous les maîtres le disent durant les lynchages sur la place publique. Mais que fais-tu lorsqu’on en parle pour ne pas l’avoir entendu ?

Malcom X : Je les entends dire tout un tas de choses concernant notre Terre d’origine, à en croire leurs paroles, en nous amenant ici, ils nous auraient d’ailleurs sauvé l’Âme.

Senghor : Tu ne cesses de me surprendre à remettre en cause des évidences, connaissais-tu Jésus-Christ et sa promesse de rédemption avant d’arriver ici ? Ne vois-tu pas que sa rencontre est une bénédiction ? Le maître est bon parce qu’il prend de son temps pour nous partager son message.

Malcom X : Moi je ne fais pas confiance aux maîtres, depuis que je les observe, j’ai bien constaté qu’ils ne nous aiment pas, pire ils semblent éprouver un plaisir à nous voir souffrir. Sinon pourquoi nous faire travailler de la sorte, nous fouetter, nous violer avec nos femmes, nous séparer de nos enfants, nous trancher des parties du corps, nous attacher durant notre sommeil, nous…

Senghor : Oui oui je sais tout cela ! Mais c’est la volonté de Dieu de nous punir pour nos pêchés qui ont rendu notre peau si sombre.

Malcom X : Non, je ne pense pas. J’ai entendu dire que c’est la grande maison de Dieu (1) qui a autorisé les parents de nos maîtres à nous traiter de la sorte et que bien avant cela, ils traitaient leurs propres frères à l’identique, tout ceci se ferait avec l’accord de Dieu. D’ailleurs pour la majorité, ils ne nous auraient pas acheté mais obtenu par chantage militaire auprès de Rois grâce à leurs complices.

Senghor : Donc tu voudrais dire que tous les maîtres nous mentent, que tout ce qu’ils nous disent est faux sur toute la ligne ?

Malcom X : Oui, et Dutty Boukman (2) prétend d’ailleurs qu’ils préparent même la venue sur la Terre de nos Parents (3) pour nous faire porter leurs habits, parler leur langue et la contrôler comme si c’était la leur, exactement ce qu’ils ont fait avec les populations présentes ici avant l’arrivée de nos parents.

Senghor : Oh la la, ton cas est plus inquiétant que ce que j’imaginais ! Définitivement, les coups de fouets t’ont fait perdre la raison. Boukman est un extrêmiste connu et reconnu comme tel par tous les maîtres, il est adepte des théories du complot, moi je ne crois pas aux théories conspirationnistes, mais aux seuls véritables faits et tu devrais en faire de même.

Malcom X : Et comment fais-tu pour savoir qu’un fait et son interprétation sont fiables s’ils te viennent d’une même source, tes maîtres ?

Senghor : Non mais il y a des choses qui sont évidentes, ça se saurait si les maîtres préparaient un tel projet, un peu de bon sens…

Malcom X : Plus que tout, je ne comprendrais sûrement jamais ta capacité à voir de la bonté et gentillesse chez un maître qui a fait mourrir plus de personnes que tous ses esclaves réunis. Peut-être est-ce parce que contrairement à nous autres, tu dors et vis dans sa maison.

 

(1) fait référence à la Bulle Papale de 1454 du Vatican qui donna au roi Alphonse du Portugal la permission de réduire en esclavage les populations mélanodermes.
(2) Dutty Boukman, figure emblématique de la révolution ayitienne qu’il impulsa au travers de la Cérémonie du Bois-Caïman du 14 Août 1791. Assassiné en Novembre 1791 par les autorités françaises, son oeuvre est poursuivie par Toussaint Louverture.

(3) fait référence à la Conférence de Berlin qui débuta le 15 Novembre 1884 et scella le partage de l’Afrique par une poignée d’états européens.

 

Malcom XPhoto de Malcom X

Les Maîllons d’une Chaîne

Thap M’belan : Ta’a, que fais tu assis au milieu du chemin ?

Tambè : Je contemple la Danse du Monde une dernière fois Thap M’Belan.

Thap M’belan : Mais ne fais-tu pas partie de cette Danse du Monde ?

Tambè : Si, bien sûr et c’est justement ce pourquoi je demeure immobile afin de la perturber le moins possible et la ressentir davantage.

Thap M’belan : Et lorsque tu la contemples, comment est-elle ?

Tambè : Elle est magnifique mon enfant, assieds-toi, contemplons la ensemble !

Thap M’belan : Oui, je la vois également !

Tambè : (sourire)

Thap M’belan : Ta’a, mais pourquoi ne l’avais-je jamais remarqué ?

Tambè : Parce que tu es trop occupé à remplir ta tête de choses inutiles.

Thap M’belan : Il faut donc que je Vide ma tête ?

Tambè : Comment veux-tu remplir un verre déjà plein Thap M’Belan ? Vide ton verre de tes Désirs et laisse la Vie le remplir pour toi. Comment te sens-tu ?

Thap M’belan : Comme Envahi d’une énergie nouvelle, c’est comme si mon Coeur Dansait à son tour.

Tambè : N’est-Elle pas somptueuse ?

Thap M’belan : Mais qui est responsable de cette Danse ?

Tambè : Haha, continue à la contempler et tu le sauras, mais est-ce bien important de le savoir ?

Thap M’belan : Qu’est-ce qui importe alors ?

Tambè : De veiller sur Elle, de faire que jamais cette Danse ne s’arrête, Elle est lien entre tout ce qui existe, le pont entre Toi et tes Ancêtres, de Toi et tes Enfants, Elle est le Souffle de la Vie.

Thap M’belan : Et comment veille-t-on sur Elle ?

Tambè : En l’observant comme nous le faisons actuellement.

Thap M’belan : Heureusement que tu es là alors !

Tambè : je vais d’ailleurs y aller.

Thap M’belan : Tu pars ?!! Mais Où ça ?!!

Tambè : Il est Temps pour moi de rentrer à la Maison.

Thap M’belan : A la Maison ?!! Mais qui va rester Veiller sur la Danse si tu t’en vas ?!!

Tambè : Nous tous sommes les Maillons d’une Chaîne, d’une très longue Chaîne, ne l’oublie pas.

Thap M’belan : Qu’est-ce ça veut dire ?!! Et pourquoi me fixes-tu en souriant ?

Tambè : …

Thap M’belan : C’est à mon tour de Veiller sur Elle, n’est-ce pas Ta’a ?

Tambè : (sourire), au revoir Thap M’Belan !

Thap M’belan : Merci Ta’a !

Tambè : Non, c’est moi qui te remercie d’être venu à moi, je peux partir en paix, je sais que tu Veilleras sur Elle mieux encore que je n’ai pu le faire !